À bord du canot, un homme ramait lentement, mais avec efficacité. L'autre scrutait la côte. « Par là », dit-il au bout d'un moment. Le rameur tourna la tête. L'endroit pointé par son compagnon n'était pas une plage de sable fin, non : c'était un bouquet d'arbres dont les racines plongeaient dans l'eau. « Allez, fais pas le difficile », repris l'autre. Le rameur haussa les épaules, et dirigea le canot vers le point indiqué par son compagnon. C'était en effet le seul endroit visible où il semblait possible d'accoster sans avoir à traverser un récif qui affleurait ailleurs, mais convergeait en s'amenuisant vers cet endroit, comme les deux branches d'un cœur dessiné sur un médaillon.
Quelques minutes plus tard, les hommes purent amarrer le canot aux racines, et les escalader pour rejoindre la terre. Devant eux, s'ouvrait un sous-bois obscur. Il fallait trouver de l'eau douce, alors on reviendrait avec une chaloupe, plusieurs hommes, des tonneaux, il fallait trouver des fruits, on reviendrait pour ça aussi, et le médecin débarquerait pour voir s'il y avait de ces arbres dont l'écorce soigne le scorbut, et puis s'il y avait des bêtes, on chasserait, le plus simple serait de trouver des tortues, qu'on peut se contenter de ramasser, ou des gros crabes. L'excitation submergeait soudain les deux hommes, qui s'enfoncèrent dans la végétation.
À bord, on les regarda disparaître. On attendait.
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